> Accueil

ALASKA (2) - Découverte de la faune

 
"Ici et partir de maintenant, nous sommes parmi les ours. C’est nous qui nous enfermons dans notre cage et lui qui aura le loisir de nous observer. Croire le contraire serait faire preuve de bien d’imprudence."
 
Retour au port, la route est longue et moins intéressante qu’à l’aller. Nous ne cabotons plus d’anses en rochers mais adoptons une allure soutenue pour revenir dans les délais au port. Demain retour à Anchorage par la route, nous y retrouverons notre guide pour la partie en autarcie sur la péninsule de Katmaï. Cette fois-ci, les ours seront là ou plus précisément nous serons parmi eux. La logistique est importante, nous sommes 8 au total, dont le guide et son épouse qui sera également notre cuisinière. Deux par tente et une tente réfectoire, plus la nourriture. Nous prenons l’avion, un petit jet, depuis Anchorage pour King Salmon. Nous survolons les volcans d’Alaska, malheureusement les nuages nous laissent peu d’opportunité de les observer. A partir de King Salmon il faut prendre l’hydravion, nous n’allons pas bien loin, 80 milles environ, mais il n’y a pas de route et des centaines de bras d’eau et de rivières à franchir sans compter les lacs et autres zones marécageuses à contourner. Chargement de l’hydravion en faisant attention à la répartition des masses et 40 minutes plus tard ,nous survolons le lac au bord duquel nous allons installer le camp. L’amerrissage est toujours surprenant, l’appareil ne prend pas d’angle et le ralentissement est à peine perceptible. C’est vraiment spécial. Au déchargement, le pilote nous aide et vérifie bien que nous n’oublions rien à bord, cela pourrait nous coûter cher, dans tous les sens du terme.
 
 
L’hydravion repart. Nous sommes seuls. Seul le vent nous tient compagnie pendant que nous montons le camp. Nous regardons tout de même aux alentours. Ici et à partir de maintenant, nous sommes parmi les ours. C'est nous qui nous enfermons dans notre cage et lui qui aura le loisir de nous observer. Croire le contraire serait faire preuce de bien d'imprudence. Le seul véritable danger ici, c’est le vent, s’il se lève il peut atteindre entre 80 et 100  Km/h, il faudrait alors abattre les tentes de toute urgence et passer en mode survie le temps que celui-ci tombe.

Dans ce coin de la péninsule de Katmaï, la rivière qui se jette dans le lac auprès duquel nous venons de nous installer voit les saumons Sockeye remonter son cours afin de frayer là ou ils sont nés, 5 ans auparavant.

 
 
Ce cycle immuable se déroule entre la mi-août et début septembre, en théorie, car il arrive parfois que la remontée commence plus tôt ou bien plus tard, sa durée peut également varier. Cette migration est une aubaine pour les ours : des milliers de saumons, dans une eau peu profonde, et assez peu inactifs car en fin de parcours et fatigués qu’ils sont par leur remontée du cours d’eau. Alors pour observer des ours à ce moment précis de l’année, et à cet endroit, c’est simple, il suffit d’aller près de la rivière.
En temps normal les ours vivent de manière répartie sur de vastes territoires, la femelle reste avec ses oursons si elle en a, les mâles restant à distance respectable des uns des autres. Ici, pendant ce bref laps de temps où il est de première importance d’accumuler de la graisse afin de passer l’hiver, les règles ne sont plus respectées. Nous pourrons voir des mâles se croiser à moins de 10m l’un de l’autre, impensable en temps normal, cela tournerait immédiatement en conflit, l’un chassant l’autre de son territoire. Là le pacte de la nourriture permet de transgresser les règles. Nous verrons même une ourse suitée de deux petits croiser à faible distance un gros mâle. Certes, la femelle ne s’attardera pas mais en dehors de cette période spécifique le risque serait grand de voir le mâle essayer de tuer les petits afin de pouvoir s’accoupler avec la femelle.
Les saumons sont là, d’un rouge éclatant, il est facile de les voir nageant dans le lit de la rivière, cela ne les rend pas pour autant facile à attraper, même pour les ours.
 
 
Néanmoins la pêche est bonne, nous pouvons voir des têtes de saumons un peu partout sur les berges.
Quand les conditions de nourriture sont bonnes on peut voir que les ours ne mangent que les œufs et la peau du saumon, un peu de chair et c’est tout. La graisse est concentrée dans ces deux parties du corps du saumon, et ce qui intéresse l’ours c’est d’accumuler de la graisse pour s’assurer une hibernation sans souci.  
Il n’y a pas que des ours ici, les spermophiles sont omniprésents. A cet instant ils ne courent aucun danger, en dehors de la période de pêche ils peuvent servir de petit déjeuner à un ours, la vie est pleine de dangers dans la toundra de l’Alaska.