> Accueil

CONGO - Impossible is nothing !

que tu ignores ce qui t’attend vraiment, vas-y à vélo et dis toi que ça va passer. C’est vrai de vrai que les cons, qui ignorent ce qu’ils font, finissent par faire les choses que ceux qui savent ce qu’elles cachent ne font pas !

 
Je suis enfin arrivé à Brazzaville. Congo. République du Congo. Ne pas confondre avec République Démocratique du Congo au sud, ex-Zaïre. Quelle joie ! Enfin m’y voilà, essoufflé mais entier ! Brazza quoi ! Brazza, caressée par le fleuve Congo, serpent liquide de la démesure et de l’espoir, frère Africain de l’Amazone. Brazza, liée par le sang et l’eau trouble à Kinshasa, juste en face. Les deux cités s’observent sans jamais se toucher. Ah, Brazza ! Un carrefour, une plaque tournante à la lisère des tropiques, un hub pour réfugiés lassés de machettes et de kalachnikovs ; un havre de liberté officiel pour ceux qui se passionnent pour le détournement de fonds publics. Mais passons, car c’est un passage obligé, un goulet pour les vagabonds qui sillonnent l’Afrique.
Pour arriver là, j’ai osé un rien, souffert un peu plus qu’osé et bourriné comme un cheval de trait qui se débat dans la fange. En m’éloignant de Yaoundé, la carte sous les yeux et le goudron sous les roues, je m’étais décidé à rejoindre Brazzaville en suivant une piste en pointillés sur près de 1000 kilomètres au travers de la forêt équatoriale (prenez votre carte car il faut suivre et vous ne poserez sans doute plus jamais vos yeux sur cet endroit du monde !) Sangmélima, Djoum, Mintom, N’tam (poste frontière), Cabosse, Suanké, Sembé, Ouesso, Makoua (sur l’équateur), Owando et Brazzaville. Une première. Sans doute la dernière ! Intérieurement je me disais : « Trop facile cette traversée de l’Afrique. On ne va jamais me croire mais c’est du flan pour gamin un peu dur. Au pire du mille-feuille. Rien de plus ! Ces crétins vont penser que je fais le faux modeste en plus ! C’est quand que je commence à … me maudire ? »

 
J’ai tout entendu… « Ca passe peut-être, mais c’est la saison des pluies qui commence ! Et les grandes pluies. Il faut passer par le Gabon. C’est mieux. Trop de sable. Ca ne passe pas ! Impossible ! Je vous l’assure… Il faut passer par la Centrafrique. Quelle arme emportez-vous ? Est-ce que vous savez qu’il y a des bêtes féroces dans la forêt ? Les gorilles sont redoutables… les panthères et les léopards de vrais prédateurs. Et les Congolais sont encore plus sauvages ! Arrêtez-vous dès que le soleil décline. N’y allez pas seul ! Prenez toutes vos provisions à Yaoundé. Là bas il n’y a rien. Méfiez vous des grumiers ! Gardez toujours votre téléphone satellite avec vous (lequel ? D’ailleurs si quelqu’un -q ui est déjà venu ici - a une idée de qui appeler en cas de problème au milieu de la forêt tropicale, je suis preneur…). Prenez du vin pour offrir aux pygmées ; Vous les blancs vous avez un problème ! »
Et du mur que je viens de franchir, genre mur du tronc, j’en tire une magnifique leçon d’humilité… (Et d’humidité) ! Faut dire qu’elle ne m’avait jamais été aussi bien enseignée. « Nom d’un chien » pousserait mon grand père en replaçant une bûche dans sa cheminée. J’ai pesté seul, juré comme un charretier et comme jamais, vraiment seul, coupé du monde. Je ne m’étais jamais senti aussi loin de tout et aussi dépendant de moi-même.
Pas le choix. Flancher ? Impossible. Une seule issue. Baisser la tête et pousser. Pousser encore. Pousser plus ! Pas de place pour penser. Tenir bon. Tenir. Un vol plané…un autre ! Roulé-boulé dans les fougères boueuses. Rien de cassé ? Peu importe. Avance ou tu vas rester là pour toujours imbécile ! Plus que 3 bosquets et je retrouve la piste en latérite tassée. (Car ici on ne parle pas en kilomètres mais en bosquets et en collines !) Quand t’es avec ton vélo et ta remorque à te faufiler de bosquets en collines dans ce ventre sauvage, tu te demandes franchement si c’est bien raisonnable… (Ego, quand tu nous tiens !) Difficile à raconter ! Il faut le vivre. Si j’avais su, j’aurais (peut-être) pas venu…

Mots Clés