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** INDE - Un Kun sinon rien

le même jour !

 
 
Le camp de base est installé à 4600 m dans des champs d’edelweiss et au pied des moraines. Le paysage est « à couper le souffle » : des glaciers énormes qui viennent  mourir en cascades de séracs imposantes, des sommets majestueux ornés de glaciers suspendus et au fond, l’un des 2 seigneurs des lieux, le Nun. Le Kun quand à lui nous sera caché jusqu’à ce que l’on atteigne le snow plateau à plus de 6000 m.
 
 
Et le lent mais nécessaire  travail d’acclimatement commence !
Camp de base, camp 1 à 5400 m, un petit tour à 6000, camp 1 puis retour au camp de base…Cela peut paraître fastidieux…mais c’est indispensable pour envisager la réussite du sommet. L’organisme a besoin de ces paliers et de temps pour s’habituer à la haute altitude et à l’oxygène rare.
« Home sweet home ». Ah, le camp de base et confort après plusieurs jours passés en altitude !
On apprécie plus que jamais ces petites choses de la vie…et puis à 4500 m, on vit presque comme à la maison. Une journée de pause pour vaquer à ses occupations – toilette, lessive…et profiter du temps.
 
Mais là-haut, le Kun nous attend et ne tarde pas à nous rappeler à l’ordre.
Le 24 juillet, nous quittons le camp de base, bien résolus à ne pas y revenir avant d’avoir atteint le sommet. Le temps est magnifique et le moral lui aussi au beau fixe.
Camp 1, camp 2 puis la traversée du snow plateau sous le regard attentif du sommet du Kun que nous découvrons enfin. L’instant un peu magique que ce moment où enfin, nous découvrons « notre » montagne… Après tout ce temps, ces rêves, elle semble à portée de main, tout prêt et si haute à la fois.
Le camp 3 est installé au pied du sommet à 6300 m. Il reste à gravir les longues pentes sommitales soit 800 m de dénivelée. La météo au camp 3 est excellente et l’on se prend enfin à croire à la réussite…
 
 
En Inde, l’alpinisme est toujours compliqué.  Les téléphones satellite sont interdits, à plus forte raison au Ladakh, à proximité des frontières controversées avec le Pakistan et la Chine. Dans ces zones de cessez le feu, de très hautes altitudes, se déroule la guerre la plus haute du monde, sur le glacier du Siachen, avec le Pakistan. 
Pas de téléphone donc, l’armée indienne surveillant étroitement toutes les communications. Et de ce fait, pas d’accès possible à des bulletins météos et pas de possibilité de routage depuis la France. En Inde, l’on grimpe en « aveugle »…
 
26 juillet – 23h30
En compagnie des sherpas, nous quittons le camp 3. Le ciel est étoilé, au loin on aperçoit des éclairs de chaleur sur les plaines indiennes…
Nous y croyons…là-haut le Kun nous attend et nous nous engageons sur les premières cordes fixes. La pente est raide, soutenue, le froid mordant. L’effort à cette altitude est rude, le souffle se fait court…mais nous progressons dans la nuit.
Et puis, tout doucement, presque insidieusement et sans que l’on s’en aperçoive, le temps va changer. Ce sera d’abord le vent, violent, puis la neige et enfin vers 5h du matin, nous devrons nous rendre à l’évidence…ce summit day tant espéré sera un « storm summit day », la tempête sera de la fête et nous n’aurons d’autre choix que de composer avec elle. Dans les pentes sommitales, nous devrons refaire la trace avec Mingma. Tout est effacé. Nous progressons pas à pas, lentement, pour ces derniers mètres. Et puis à un moment, la pente s’infléchit puis s’arrête. Nous sommes au sommet du Kun, à 7070 m ce 27 juillet.
Pas de visibilité, pas de vue…rien que  la tempête et le vent. 
 
 
Rapidement, nous plongeons dans la descente avec maintenant une seule idée en tête : tous rejoindre au plus vite l’abri du camp 3.
L’aventure se termine donc, de façon « heureuse ». 
Nous avons vécu et échangé des moments intenses, d’autres plus difficiles…une expédition en haute altitude, c’est certainement avant toute chose une aventure humaine exceptionnelle, du partage, des doutes également …et cette fois, cerise sur le gâteau, le sommet était au rendez-vous !
Une belle histoire de montagne, tout simplement.
 
Jean François Grandidier – août 2016