> Accueil

KENYA - Pêcheurs du lac Baringo

Ainsi va la vie des pêcheurs sur les bords du lac Baringo. Vie sans richesse, au jour le jour, avec l’espoir que le tourisme leur apporte un peu plus chaque année.
Le haut plateau du Kenya est traversé par le rift, cette vaste dépression qui, du nord au sud balafre l’ouest du pays. Cette vallée du rift, qui est l’un des systèmes de failles le plus long au monde, fait partie du grand rift est-africain qui donnera un jour naissance à un océan. Aujourd'hui, on trouve de nombreux lacs le long de cette vallée : du sud au nord, les lacs de Naivasha, Nakuru, Bogoria, Baringo et tout au nord le lac Turkana.

Nous sommes au bord du lac Baringo, lieu prisé par près de 500 espèces d'oiseux répertoriées, dont l’aigle pêcheur (Haliaeetus vocifer). C’est en partie pour lui que je suis venu pour quelques jours m’installer sur les bords du lac et ainsi bénéficier de départs matinaux en pirogue.
A 6 heures du matin, le soleil n’est pas encore levé, mais le ciel est déjà enflammé et la nuit recule sur le lac. Notre boatman arrive : j’entends déjà le moteur de la pirogue qui s’approche.

Notre demi-journée sur le lac Baringo va commencer par l’achat de poisson aux pêcheurs. Ceux-ci savent que les touristes vont lors de leur tour en pirogue chercher à attirer l’aigle pêcheur, or celui-ci ne viendra qu’attiré par des poissons lancés à son attention. Il faut dire que sans être dressés, les aigles situés sur l’île principale au milieu du lac, réagissent à l’appel et viennent sans hésiter chercher le poisson qu’on leur lance.
Après quelques minutes de navigation, nous rencontrons les pêcheurs qui viennent à notre rencontre sur leur frêle embarcation faite de tronc de balsas assemblés. Comme ces esquifs semblent fragiles !
Rapidement, du poisson nous est proposé. Il faut choisir : pas trop gros, il sera difficile de le lancer assez loin ; pas trop petit non plus sinon on ne le verra pas dans les serres de l’aigle. Nous laissons le soin à notre boatman de discuter le prix et le nombre de poissons, nous ne voulons pas interférer dans la discussion. La vie de pêcheur sur le lac Baringo n’est pas des plus facile, l’achat de ces quelques poissons va permettre à ces pêcheurs de gagner un peu plus d’argent qu’ils n’en auraient obtenu en les vendant au village ou au marché.
Le soleil est levé maintenant et commence sa course rapide vers le zénith, il temps de nous mettre en quête des aigles. Un soleil trop haut donnera des images difficilement exploitables car la lumière sera devenue trop forte. Il faut repérer l’oiseau, souvent perché au sommet d’un arbre, puis attirer son attention. Une fois commencée l’action va se dérouler très vite, quelques secondes suffiront à l’aigle pour venir pêcher le poisson qui vient d’être lancé.
Il ne faudra pas espérer recommencer immédiatement, l’aigle prendra le temps de se nourrir du poisson avant d’être, éventuellement à nouveau disponible pour une nouvelle scène de pêche. Un des challenges pour les photographes est de saisir l’instant où l’aigle prend le poisson ou bien juste après, quand celui-ci d’un puisant coup d’aile s’élève à nouveau au-dessus de l’eau, dessinant une gerbe d’eau qui donne une dynamique à l’image.
D’autres oiseaux sont bien sûr présents autour du lac de Baringo. Certains avancent qu’il y aurait plus de 500 espèces présentes. Toutes ne sont pas aussi emblématiques que l’aigle, ni aussi facilement observables.
Telle est la vie des pêcheurs du lac Baringo, et même si elle est facilitée par le tourisme, elle n’en reste pas moins compliquée et difficile, comme j'ai pu le constater en voyant les cases dans lesquelles vivent les pêcheurs qui se sont installés sur l’île de "Vamantian" située au milieu du lac.
La pêche elle-même n’est pas forcément aisée. Les pêcheurs sont immergés jusqu’à la taille - voire plus - pour pouvoir poser et remonter leurs filets sommaires.
Il ne faut pas oublier qu’hippopotames et crocodiles sont des hôtes permanents du lac et si le risque d’une attaque par l’un d’eux est faible, elle n’en demeure pas moins une éventualité (l’hippopotame est réputé comme étant la première cause de décès par animaux sauvages en Afrique).
La pêche est l’affaire des hommes et aussi une affaire de famille. Il n’est pas rare de voir des enfants navigant déjà sur les frêles esquifs de balsa de leur aîné, s’exerçant peut-être déjà au maniement de cette embarcation qui permet tout à la fois le lien entre l’île et le rivage ou encore d’effectuer (pour ceux qui habitent dans l’un des villages installés sur le pourtour du lac) la liaison entre ceux-ci.
Ainsi va la vie des pêcheurs sur les bords du lac Baringo. Vie sans richesse, au jour le jour, avec l’espoir que le tourisme leur apporte un peu plus chaque année.