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LAOS - Fête des pirogues

La Fête de l'Eau marque la fin de la saison des pluies.

 

Choisir de voyager en Asie du Sud-Est entre les mois de juin et d’octobre tient du choix presque héroïque si l’on considère la présence inévitable de la mousson. Autrement appelée « saison des pluies », la mousson, porte simplement bien son nom. Chaleur d’environ 30 à 35°C, humidité proche de 120%, ciel souvent nuageux même si quelques percées de soleil fort agréables apparaissent, le tout accompagné de pluies torrentielles, en général vers 17h.

Outre le fait qu’il faut composer avec l’humidité ambiante, il faut également faire avec l’acolyte inévitable de la mousson : le moustique. À ceux qui seraient tentés d’un sourire narquois en cet instant, mettons les choses au clair. Non, le moustique asiatique n’a rien de commun avec celui qui vous tourne autour un soir de pique-nique dans l’Ardèche ou à la terrasse d’un café de la Baule. Bien que morphologiquement en tous points identiques à son cousin européen, le moustique asiatique en fait cependant deux fois la taille. Tandis que l’un fuit vos bougies à la citronnelle et vos gesticulations évasives de la main pour l’éloigner, l’autre est nullement effrayé ni par votre legging de 2 mm d’épaisseur, ni par vos tentatives d’assassinat du plat de la main, qu’il esquive avec l’agilité d’un boxeur thaï (le moustique sus-dénommé pouvant d’ailleurs être thaï, laotien, cambodgien). Ajoutons à cela que le moustique asiatique possède un fort potentiel de tueur en série si l’on considère les virus souvent mortels qu’il sème sur son passage (dengue, chikungunya, malaria...).

 

Constat étant fait, nous sortons illico du fond des sacs nos chemises anti-uv et anti-moustiques pour un test grandeur nature. Résultat sans appel : ça marche ! Et cela nous évite aussi la le rituel étalage de produit « spécial tropique » bon à éradiquer tout l’écosystème alentour.

Même les mauvaises choses ont une fin ! La mousson et ses compagnons prennent, dès le mois d’octobre, leurs quartiers d’été, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Cet événement est célébré par tous les laotiens lors de « Boun Xouang Heua », qu’on appelle aussi la fête des Eaux, car elle célèbre justement la fin de la saison des pluies. Cela donne lieu à des courses de pirogues dans les principales villes du pays.

C’est une véritable fête nationale qui réunit tous les habitants de chaque région pour une journée de liesse populaire. Les marchés s’installent (vendeurs de jouets pochettes-surprises, manèges en bois, les étals de fruits, pattes de poulet grillées et noix de cocos fraîches) sur fond de musique traditionnelle re-masterisée sur laquelle se trémoussent des jeunes filles en tenues résolument non traditionnelles (sic).

Les gamins jouent dans l’eau, sous le nez des juges de courses sponsorisés par BeerLao, la maque de bière nationale. Hommes et femmes sont tous assis sur les rives du fleuve, discutant, riant, chantant et buvant (beaucoup) le traditionnel « Lao Lao », l’alcool de riz local. Le soleil tape, les rayons nous chauffent doucement, la musique nous berce et nous nous laissons emportés par l’ambiance incroyable qui règne sur la ligne d’arrivée. Ça y est, nous faisons partie de la fête !

 

L’origine des courses de pirogues remonte à plusieurs milliers d’années lorsque la vie quotidienne des Laotiens était essentiellement régie par le fleuve Mékong et ses nombreux affluents, fournissant le poisson et servant de voies de communication aux populations riveraines qui se déplaçaient en bateaux.

 

Aujourd’hui, les courses de pirogues sont un tel succès que les villages situés à l’intérieur des terres organisent aussi leurs propres courses de pirogues, sur les étangs, les canaux et autres plans d’eau à leur disposition. C’est aussi une vraie compétition sportive préparée longtemps à l’avance. Les pirogues font une dizaine de mètres de long pour à peine plus d’un mètre de large au centre. Elles peuvent embarquer un équipage de plusieurs dizaines de rameurs. Bien que ce soit une compétition plutôt masculine, on a vu des équipes féminines bien entraînées !

Lors des courses, on entend les cris des rameurs rythmer leurs pagaies. Ils comptent simplement à haute voix pour donner la cadence à leurs mouvements. Chaque course est suivie de près par une pirogue à moteur sur laquelle trône un juge, chargé de veiller à la conformité de chaque manche. Sur la ligne d’arrivée, les résultats sont validés par 5 juges de la ligue nationale lao. Derrière la fête, se cachent donc des enjeux sérieux !

Le soir venu, les habitants font partir sur le fleuve des petits lampions lumineux comme pour éclairer une derrière fois les eaux,  bercées par la chaleur des flammes.